Soutenabilité et impacts environnementaux du numérique, les propositions de la commission « Révolution Numérique »
L’essor du numérique depuis deux décennies a profondément révolutionné la manière dont on produit, travaille et consomme. La Révolution Numérique est probablement une nouvelle étape de la révolution industrielle, tant elle touche en même temps au système productif, à la structure du capital, à la culture, aux institutions étatiques et aux rapports internationaux. Le numérique a beau être « virtuel », il se repose sur une infrastructure mondiale et spatiale bien réelle. Une « cyberstructure » de millions d’appareils coûteux en métaux, consommateur de 5 à 10 % de l’énergie électrique mondiale. De l’extraction des matériaux à sa fin de vie, en incluant le transport et l’utilisation, l’industrie du numérique a une empreinte écologique en constante augmentation. Pour répondre aux enjeux écologiques à l’horizon 2050, nous devons repenser l’ensemble de la chaîne tout autant que les usages et les besoins.
Pour limiter l’impact et assurer la soutenabilité du numérique, la commission « Révolution Numérique » propose plusieurs axes concrets pour atteindre la neutralité carbone et une réduction des extractions de minerai d’ici à 2050. La fabrication est aujourd’hui le principal coût en carbone du numérique, à condition que l’énergie électrique utilisée soit majoritairement décarbonée. En France, le numérique est assez demandeur en électricité, mais l’électricité est majoritairement d’origine nucléaire. Dans les années à venir, nous prévoyons une hausse de la consommation, en particulier si l’on réintègre sur le territoire des centres de données et de calcul, ce que nous soutenons dans un cadre de planification du numérique pour répondre aux besoins nationaux. Quant à l’IA, Mistral (ndlr : startup française proposant une IA conversationnelle) et Deepseek (IA chinoise) nous ont démontré que l’on peut fournir un service de qualité avec des modèles plus frugaux. Contre le modèle « toujours plus gros » et toujours plus généralisé américain, nous prônons l’IA frugale et éthique, adaptée aux besoins. Pour la phase de fabrication et de recyclage du matériel, nous proposons de renforcer la recherche publique afin de trouver des procédés plus respectueux de l’environnement à la conception comme au recyclage. La durée de vie des composants est sûrement la priorité, autant au niveau des centres de données que des terminaux (téléphones, ordinateurs). Nous proposons d’obliger les constructeurs à ouvrir leurs appareil à la modification logicielle pour permettre de les maintenir dans le temps, notamment via du logiciel libre. Ainsi, il faut, comme pour d’autres secteurs, réguler le marketing pour arrêter d’inciter les consommateurs à acheter du nouveau matériel régulièrement. Nous souhaitons de cette façon appliquer un principe : « adapter le matériel à l’usage », c’est-à-dire faire coïncider le besoin et l’usage afin de proposer le produit adapté, ni trop puissant ni trop consommateur, à l’usage qui en est fait. Ce principe permettra également de regagner en souveraineté en produisant des puces électroniques en France, au lieu d’importer des puces avancées pour des usages superflus.
C’est ce travail de réflexion et de proposition que la commission « révolution numérique » mène en coopération avec l’équipe du plan climat « Empreinte 2050 ».