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Sécurité numérique : nous voulons un sursaut, pas une communication de crise

Suite aux fuites de don­nées de la DGFiP(1) et de l’éducation natio­nale, , l’annonce il y a quelques jours par le Pre­mier Ministre d’une nou­velle « uni­té cyber d’urgence » a fait rire jaune les experts du milieu. Le fait que l’identification mul­ti-fac­teurs n’ait pas été en place sur des infra­struc­tures trai­tants de don­nées extrê­me­ment sen­sibles est à l’opposé même des recom­man­da­tions de l’Agence Natio­nale de Sécu­ri­té des Sys­tèmes d’Information (ANSSI), enti­té de réfé­rence sur la cyber­sé­cu­ri­té pla­cée sous l’autorité…du Pre­mier Ministre.

Le sujet est très sérieux et cette com­mu­ni­ca­tion de crise n’est pas une réponse adap­tée aux enjeux. La sécu­ri­té implique rigueur et anti­ci­pa­tion et non des réponses bri­co­lée en réponse aux évè­ne­ments. Le retard de l’application de la direc­tive euro­péenne NIS2(2) en France (objet de la loi de rési­lience qui doit entrer en dis­cus­sion au par­le­ment) est révé­la­teur du manque de prio­ri­té du gou­ver­ne­ment et de nos élu-e‑s natio­naux vis à vis de leurs obli­ga­tions envers la popu­la­tion, les tra­vailleurs et leurs entre­prises.

L’ANSSI(3), a beau être recon­nue comme l’une des meilleurs agences de Cyber­sé­cu­ri­té du monde, les moyens manquent face aux dif­fé­rentes menaces et à l’étendue de ses mis­sions. Dotée d’à peine 600 agents et 27M€ de bud­get, elle doit pro­té­ger et accom­pa­gner les entre­prises, les institutions/administrations, les asso­cia­tions de tous types, sur­veiller le cybe­res­pace et édi­ter des recom­man­da­tions. Elle est sou­te­nue depuis 2021 dans les régions par des agences régio­nales nom­mées CSIRT(4). Ensemble, elles consti­tuent un ser­vice public essen­tiel dans un monde numé­rique en pleine évo­lu­tion avec la mul­ti­pli­ca­tion des menaces et le déve­lop­pe­ment de l’IA, dont on mesure ces der­niers mois au fil des failles graves de sécu­ri­té qu’il ne par­vient plus à faire face, mal­gré la com­pé­tence de ses équipes.

Bien conscient de la place majeure et tou­jours crois­sante du numé­rique dans tous les aspects de nos vies, et déter­mi­né à ce que le cybe­res­pace ne soit pas un espace de non-droit et d’insécurité per­ma­nente, le Par­ti Com­mu­niste Fran­çais défend le pro­jet d’un espace numé­rique ter­ri­toire comme les autres de la Répu­blique. Où les liber­tés démo­cra­tiques peuvent s’épanouir dans un cadre sécu­ri­sé. Où l’exercice effec­tif des pou­voirs de police et de jus­tice sont comme ailleurs l’une des pre­mières res­pon­sa­bi­li­tés de la puis­sance publique. C’est pour­quoi le PCF demande dans un pre­mier temps, au gou­ver­ne­ment la mise en place de mesures rapides :

  • Doter dès 2027 l’ANSSI et les CSIRT) d’effectifs ren­for­cés à la hau­teur des besoins, fonc­tion­naires sous sta­tut bien for­més et dotés des moyens tech­niques per­met­tant d’exercer cette mis­sion essen­tielle avec des condi­tions de tra­vail à la hau­teur de l’excellence atten­due pour la réa­li­sa­tion de leur mis­sion.
  • Ali­gner les pré­co­ni­sa­tions de l’Etat sur celles de l’ANS­SI, à savoir mon­ter dans les admi­nis­tra­tions et les entre­prises les dépenses de sécu­ri­té à 10% des bud­gets, et non les res­treindre à 5% dans les annonces gou­ver­ne­men­tales d’avril/mai 2026. Envi­sa­ger de rendre ces pré­co­ni­sa­tions contrai­gnantes dans les domaines par­ti­cu­liè­re­ment sen­sibles.
  • A tra­vers l’application de la NIS2, don­ner les moyens néces­saires à l’ANSSI pour auditer,sanctionner et impo­ser les cor­rec­tions néces­saires aux entre­prises et admi­nis­tra­tions défaillantes.
  • Enga­ger enfin un réel plan de moder­ni­sa­tion de la sécu­ri­té des Sys­tèmes d’Information des ser­vices de l’État avec une approche trans­verse sous la super­vi­sion et les recom­man­da­tions de l’ANSSI.
  • Réduire la sous-trai­tance dans les admi­nis­tra­tions afin de réduire les sources d’attaques par l’internalisation et ren­for­cer les capa­ci­tés auto­nomes de l’État.
  • Éta­blir un inven­taire com­plet des infra­struc­tures de toutes les ins­ti­tu­tions et admi­nis­tra­tions, puis effec­tuer des ana­lyses de risques sys­té­ma­tiques et mettre en place des plans de remé­dia­tion.
  • Accroître le finan­ce­ment de la recherche et d’un ensei­gne­ment de qua­li­té en cyber­sé­cu­ri­té.
  • Mettre en place à des­ti­na­tion de tous les tra­vailleurs et tra­vailleuses expo­sé-e‑s des cam­pagnes de for­ma­tion et sen­si­bi­li­sa­tion aux risques et bonnes pra­tiques de cyber­pro­tec­tion, com­plé­men­taires des for­ma­tions sur les don­nées per­son­nelles et sen­sibles. Car le fac­teur humain reste la pre­mière porte d’entrée des cyber-attaques.
  • Construire un COS(5) Fran­çais sou­ve­rain à l’attention des petites entre­prises et asso­cia­tions n’ayant pas les moyens de se pro­té­ger seules.
  • Accroître les efforts natio­naux et les coopé­ra­tions euro­péennes et inter­na­tio­nales pour com­battre à la source la cyber­cri­mi­na­li­té, qui pros­père sur les logiques de déré­gu­la­tion et désen­ga­ge­ment des États por­tées par l’idéologie libé­rale qui a lar­ge­ment domi­né la période de construc­tion du cybe­res­pace.

Au-delà, le Par­ti Com­mu­niste Fran­çais porte le pro­jet d’une recon­quête démo­cra­tique de la maî­trise fran­çaise et euro­péenne de nos espaces et outils numé­riques. Un pro­jet qui passe par l’arrêt de la mul­ti­pli­ca­tion des uni­tés et agences mor­ce­lées à com­pé­tences res­treintes et au contraire par :

  • La construc­tion d’un grand ser­vice public du numé­rique inté­gré, regrou­pant les ser­vices et agences (DINUM, ANSSI, DITP, CNIL, La Poste numé­rique…), avec pour mis­sion de per­mettre le déve­lop­pe­ment éco­lo­gi­que­ment res­pon­sable d’un numé­rique auto­nome du capi­ta­lisme de pla­te­forme pré­da­teur, garan­tis­sant liber­tés et sécu­ri­tés numé­riques, sou­te­nant des ser­vices publics effi­caces et non excluants, mais aus­si un déve­lop­pe­ment numé­rique équi­li­bré sans acca­pa­re­ment et une vie cultu­relle et démo­cra­tique pro­té­gées des mani­pu­la­tions et ingé­rences.
  • Une maî­trise de l’infrastructure numé­rique, garan­tie par la remise en place d’une capa­ci­té réelle de pla­ni­fi­ca­tion indus­trielle – à rebours des erre­ments que l’on a connu sur les télé­coms et que l’on constate aujourd’hui dans le déve­lop­pe­ment spé­cu­la­tif et irra­tion­nel des data­cen­ters. Et sou­te­nu pas la consti­tu­tion d’un pôle public inté­grant les maillons indus­triels essen­tiels de la chaîne numé­rique, des puces aux pla­te­formes de ser­vice numé­rique et d’intelligence arti­fi­cielle en pas­sant par les opé­ra­teurs réseau et héber­geurs.

  • Le ren­for­ce­ment de nos capa­ci­tés de recherche et d’anticipation, dans une logique de coopé­ra­tion inter­na­tio­nale, afin de com­prendre dès que pos­sible non seule­ment ce que l’humanité peut faire du numé­rique mais aus­si ce que le numé­rique peut lui faire, et com­ment enca­drer ces évo­lu­tions pour qu’elles soient plu­tôt por­teuses de pro­grès et d’émancipation que des menaces contre les­quelles la science fic­tion n’a de cesse de nous pré­ve­nir.

L’insécurité numé­rique est un enjeu de classe, car comme pour toutes les insé­cu­ri­tés les puis­sants ont les moyens de s’en pré­mu­nir. Les moins favo­ri­sé-e‑s eux doivent comp­ter sur une puis­sance publique en l’occurrence lar­ge­ment défaillante. Alors que les cyber­dé­faîtes se font de plus en plus fré­quentes, les ges­ti­cu­la­tions média­tiques ne peuvent plus mas­quer l’incurie des gou­ver­ne­ments suc­ces­sifs, par­ti­cu­liè­re­ment sur les dix années pas­sées. L’ambition d’autonomie et de pro­grès par­ta­gé est au cœur du pro­jet répu­bli­cain fran­çais, et c’est la condi­tion de notre liber­té et sécu­ri­té, en ligne comme ailleurs. Il est temps d’en reprendre le che­min.

 

Le 29 août 2026

(1) DGFiP : Direc­tion Géné­rale des Finances Publiques

(2) NIS2 : Direc­tive Union Euro­péenne U2 2022/2555 concer­nant des mesures des­ti­nées à assu­rer un niveau éle­vé de cyber­sé­cu­ri­té (Sécu­ri­sa­tion des réseaux et des sys­tèmes d’informations (Net­work Inter­net Secu­ri­ty).

(3) ANSSI : Agence Natio­nal de Sécu­ri­té des Sys­tèmes d’Information.

(4) CSIRT : Com­pu­ter Secu­ri­ty Inci­dent Res­ponse Team (Centre ter­ri­to­rial de réponse aux inci­dents de cyber­sé­cu­ri­té), occa­sion de rap­pe­ler que les enti­tés publiques fran­çaises doivent avoir des noms expri­més en fran­çais, même dans le domaine numé­rique

(5) COS (Centre des Opé­ra­tions de Sécu­ri­té, Secu­ri­ty Ope­ra­tions Cen­ter en anlais)