Entre « score de suspicion » pour évaluer leur honnêteté, « score d’employabilité » pour mesurer leur « attractivité », détection des personnes en « perte de confiance » ou « risque de dispersion », France Travail automatise toujours plus l’accompagnement des chômeurs.
Dès 2013, France Travail lance des travaux pour évaluer l’honnêteté des chômeurs, inspirés par l’algorithme de notation des allocataires de la CAF. Pour ce faire France Travail se tourne vers le privé, Capgemini, et développe un outil assignant un « score de suspicion » à chaque demandeur d’emploi. Cet algorithme déclenche des alertes en cas de situation « suspecte » (emploi fictif, usurpation d’identité, etc.).
France Travail refuse de communiquer le code source de l’algorithme. Il viole le RGPD(*) en niant aux chômeurs leur droit d’accès à leurs données. Une opacité qui cache mal les risques de discriminations liés à ce système.
En 2018, France Travail lance le programme « Intelligence Emploi », promettant de mettre l’IA « au service de l’emploi ». Deux cas d’usage retiennent l’attention : l’anticipation des décrochages, un algorithme qui doit détecter les « risques de rupture » ou les moments de « fragilité » des chômeurs ; un score d’employabilité, un algorithme qui évalue les « chances de retour à l’emploi » de chaque chômeur, organisant la priorisation des actions en fonction de leur supposé degré d’autonomie.
Numérisation et précarisation : un service public déshumanisé
La numérisation va plus loin avec un agenda partagé contrôlant les heures d’activité des bénéficiaires du RSA, et un programme qui inclut une IA générative pour numériser l’accompagnement.
Cette automatisation à marche forcée sert avant tout à contrôler les chômeurs en temps réel, détectant le moindre écart aux règles. Dans un contexte d’austérité et de réforme de l’assurance-chômage, son but est clair : forcer les plus précaires à accepter des conditions de travail dégradées.
Loin de « libérer du temps pour les conseillers » ou d’offrir un accompagnement plus personnalisé, cette numérisation déshumanise le service public. Elle standardise les processus, restreint les échanges et exclut celles et ceux qui ne peuvent suivre. Pire, elle stigmatise les plus précaires et participe à leur paupérisation.
En bref : sous couvert de modernité, France Travail construit un système où l’algorithme remplace l’humain, où le contrôle prime sur l’accompagnement et où la précarité devient une variable à optimiser.
Dominique Gerbault
(*) Règlement Général sur la Protection des Données. Depuis 2018, il protège les données personnelles des citoyens de l’Union européenne.